Semool

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Voyage mental beat au départ de la rue Saint-Maur, d’où jaillissent quelques fuseaux aérés lorgnant vers Londres, Essaouira, Birmingham, au hasard, les fenêtres toutes ouvertes au levant,
une traduction en musique d’une littérature fragmentée et aventureuse,
celle des cendres encore chaudes couvant sous les rues,
celle du ticket qui explosa,
celle des tatouages mentholés – et envapés – en gestation,

onze tentatives d’interpréter un nouveau monde en pleine éclosion, en prenant acte du bouillonnement de ce moment si particulier, et le distiller, lentement, en extraire l’élixir-épice peut-être de façon brouillonne, une de ces révolutions douces qu’affectionnait Madame Rose Sélavy
Pas étonnant que cette échappée libre et sauvage s’acheva pile un siècle après les derniers soubresauts de la vie réalisée.
Les prendre au pied de la lettre, ces compositions sur-le-champ, sur le qui-vive, un avant-goût de ce qui allait advenir, à l’instar de ceux qui tracent les premières pistes dans un désert vierge, s’y retirent, faisant de cette unique apparaissance un mirage, une certaine idée de la transe…

Semool
Essais (Futura Records, LP, 1971 – reissued Souffle Continu, 2014)
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Olivier Cauquil (guitare, piano), Rémy « Dédé » Dréano (percussion), Philippe Martineau (guitare, percussion)

Janek Schafer

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Emprunter le ring circulaire
Tourne l’aiguille, tourne,
à décrire tes orbes enrobées
Pensum pour conduite erratique ’til Suburbia
Dérouler un ruban d’asphalte noir pointillé jaune
in noctis silentio

Un paysage jalonné de douze stations imaginaires, contrepoints ouatés au passage schwooofff des bolides, ramassés en une similaire signature aéraulique en dépit de leurs morphologies singulières,
Platines bouclées sur circuits sans fin flux continu habitat feutré – diode bleue allumée, rêve halluciné sans sommeil exigé – comment penser un monde non colonisé par ce continuum sonore, âge mobile embarqué, position assise immobile sur voie rapide ?
Qui nous transporte, comme bercé par une lame de fond.

Tout notre environnement organisé en fonction/autour de cette étendue sombre [période bitumienne], crépusculaire, chuintement brouhaha sur granulats
Infuser de la sérénité à la frénésie, à ces territoires titanesques tentaculaires, illusoire liberté offerte à la menace sourde, configuration béton-brai

Tu ne trouves pas que la circulation s’est densifiée depuis ?

Comme un écho persistant hantant les abords de Laleham road, Shepperton.

Viendra vite le temps sûrement où nous taraudera cette violente et douce mélancolie de ces signatures-sillages, mais qui s’intéressera encore à cette ichnologie du macadam ?

r&b 76_route_RS

Janek Schaefer
Lay-by Lullaby (12k, CD, 2014)
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Janek Schaefer (field recording, platines)

Charles Hayward // Robert Horton

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Bien avant de convoquer le tumulte

S’adonner à la détente, faire un pas de côté

S’abandonner à la paresse

Traquer l’ombre

Connaître les écoles, les fréquenter sans s’y inscrire

Leur préférer la seule qui vaille, la buissonnière, follement indolente et tellement sérieuse

Gagner la campagne (la ville pourra attendre) et bricoler le son, à la coule.

Seul d’abord (d’autres s’agréger ont par la suite)

Et peu importe l’instant présent, votre musique est sans âge (comme Blind Lemon) elle sera écoutée plus tard, beaucoup plus tard, et aura toujours 1 ou 2 jours, tout au plus

Rallier les paysages avant de contempler les suffrages

Se laisser submerger par les sons environnants, tout en n’oubliant pas de convoquer les machines, diodes commutées ON, histoire de
Saisir le moment propice

Inventer surtout : de nouvelles façons de suspendre le temps, de nouveaux instruments – ou de très anciens, juste redécouverts – pour y aboutir

Un peu comme si Cette Chaleur était mise à nu, nous révélant dans nos plus simples Appareils.

À l’écoute du monde qui vibre, et du temps qui passe…

Charles Hayward
Objects Of Desire (Blank Editions, C60, composé en 1975 – paru en 2019)
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Charles Hayward (cassette, piano jouet, percussions, synthé, harmonica, objets trouvés, boucles, etc)

Robert Horton
Tape Music (1979-2009) (Gold Soundz, C60, 2010)
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Robert Horton (sounds)

Sven Grahn / Kocmoc

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Nous avons tous en tête l’hystérie de se sentir observé du ciel, un bolide bip-bip – ce « temps merveilleux » de Chion – scrutant sans relâche
Qui aurait cru que des oreilles à leur tour, une troupe d’amateurs, auraient tourné leur pavillon vers eux ?
Imaginez un seul instant cette excitation de percevoir le jamais entendu ?

Effet inversé, feedback, crachottis ante modem

Songe d’une nuit d’éther, perdu dans la brume des voix ânonnées, emballées code morse trait-point-trait-trait-point -· –·, le babillage des bébés-lunes communiquant à distance, retrouvant une jeunesse éternelle, embarqués dans de fins esquifs, tournoyant, ahanant, tantôt cigales alien, tantôt cafetières détraquées, tantôt onde sinusoïdale,
Petit Compagnon frêle du groupe 13, au poids inversement proportionnel à la terreur qu’il engendra,
Nul besoin de hurler comme un loup pour effrayer, un ramage répété suffira,
Nul besoin d’être kéraunothnetophobe pour pressentir que la menace viendrait d’en-haut,

Cadrans, antennes, bobines

Babel en plein ciel, l’homme chuchotant aux étoiles « A l’est, que du très nouveau »
Sons surgis de l’au-delà, si neufs, et déjà si fatigués, en état de sommeil lancinant
Technologie pointue et conquérante, dans toute sa nudité naïve et crue, si arrogante, si fragile, une aube chevrotante

Ululement, saccades, bourdonnement

Incantations-slogans de l’Orient, furie acide anti-Occident,
Nuage de brouillage crépitant, le rêve de Tatline abouti, un langage haletant d’outre-espace diffusant en continu ténu la paix sur le monde
Berkut blange à l’écoute, projet démesuré versus sécheresse du ton
Comme une raréfaction du son post-combustion, sonder le toujours « plus haut »

Printemps, mouette, mégahertz

A Défaut de les circonscrire, on assiste sidérés à une interception – à distance – des premiers messages de ce « communisme stellaire », une sorte de station émettant en continu une étrangeté en train d’éclore, curieux magma ouvrant des territoires infinis entre bruit brut blanc et paroles des confins, prémisses d’une viralisation de l’exosphère.
Qui n’allait plus cesser.

Blue. Suede. Boots. On air. Listen to my cables beat.

Sven Grahn – Kettering Group
Sounds from space (non paru, 1966-2003)
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Engins divers + voix de cosmonautes (sounds)

Kocmoc
Kocmoc (Collection Univers Secrets) (Les Potagers Natures, CD, 2014)
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C. Ratier (musique concrète), J. Larralde (synthèse FM), Y. Saboya (guitare), M. Pontevia (batterie)