Hiroko Komiya

hiroko komiya blog

Sentir son écoulement
sous l’averse printanière,
devenir pierre

Grand moment de solitude
heureusement !
brille chaque soir Étoile de métal [金星]

Sur la table
le coquillage songe à son lagon
et résonne

Triste est la mousse
car jamais
ne s’agite au vent

Remue des clochettes
entre chien et loup –
les cigales feront écho

Fouler le sol
sous la lune –
et soupirer légèrement

Et toi la roche
venue du ciel, de nulle part –
comment ça va ?

Toute la nature bruisse et frémit
en parfaite tranquillité
comme dans un rêve étrange

Fine est l’ondée
sur les tiges de bambou
le vert est éclatant

Ciel ensoleillé ou nuageux,
le tournesol Parus major picore –
la vie reprend, sans relâche

Hiroko Komiya
Eau nouvelle (Maat, CD, 2009)
Site | Listen / écouter
Hiroko Komiya (pierre, coquillages, billes métalliques, jouets, percussion et voix)

Steve Reich

steve reich blog

Une course sur les flancs du canyon
Au tempo plus rapide puis aux saccades plus lentes, comme au ralenti
Procédant par strates déphasées
Ce moment historique où l’on redécouvre d’un nouveau regard les vastes espaces – roche, sable ou régolite

Se fixer sur un motif donc
Photo murale
ou
Ressac littoral
ou
Polylobe fractal

Le ressasser, l’étirer, le superposer
Allonger le temps
En grossir le grain, le noyer
Comme une même image photocopiée à l’infini
Répéter le mouvement jusqu’à en épuiser la trame d’origine
Répéter et superposer
Jusqu’à en révéler une autre forme
Transmutée

Ne dit-on pas que c’est là, précisément, dans l’accumulation, que jaillit l’étincelle ?

En revenir alors au paysage, miroitant derrière les vitres du zéphyr fuselé-argenté,l’immobilité juste contrariée par le défilement rapide de la plaine (chevauchée décomposée/recomposée à la Muybridge), fixant un point au loin, presque statique, et la prairie au plus près, toute en lignes floutées, distendues, au canevas rythmique évolutif, ou comment changer tout en paraissant similaire => une itération faite son.

Steve Reich
Four organs / Phase patterns (Shandar, LP, 1970)
Site | Listen / écouter
Art Murphy, Philip Glass, Steve Chambers, Steve Reich (orgues électriques), Jon Gibson (maracas)

Aube

aube blog

… Aube, ce mot, l’un des plus beaux
Ce moment si particulier, si précieux,
Une éruption lénifiante,
Comme une vague qui grandit et se répand, qui a prétendu que ces nappes étaient inertes ?

Bien malin le Georges, s’il avait pressenti que sa lampe Claude serait l’antichambre du chaos, que tout irait de Travers, une ouverture vers l’inconnu, brûlante et mercurienne en diable !

Stratégie de l’engorgement, overdrive du tungstène, comme métaphore de la pollution urbaine proliférante ,
Une traînée de clochettes célestes s’acoquinant avec un flipper déréglé et rebondissant,
Alignement de tubes fluorescents crépitant telles des Katiouchas d’un ardent vif-argent,
voilà ce qui se donne ici à entendre : se coltiner avec la trivialité du quotidien et en révéler le potentiel entropique, rendre audible le banal comme l’eau ou le gaz

! [Argon] ose l’imaginer ! La rencontre avec cet autre sculpteur de lumière, Alan B. Bermowitz, qui nous aurait conduit du spectre continu de la nuit agitée à l’ultraviolet du matin surgissant, l’aurore…

Aube
Luminous (G.R.O.S.S, C46, 1993 / reissued 2017)
Site| Listen / écouter
Akifumi Nakajima (lampes fluorescentes)

Nico

nico blog

Le chant des terres…
Capée de noir, la grande prêtresse païenne délivra ce vendredi 13 quelques incantations, emplissant le vaisseau gothique pétrifié et glacial de ses compositions sans âge,
Une Kriemhild à la radiance sombre, éclairée de blanc et de quelques cierges, revisitant son Moyen Age phantasmé, celui qu’elle entretenait nuit après jour rue Richelieu, enchantant cette nuit polaire dans ce temple dédié à la lumière,
Convoquant les spectres de Brian, de Jim, saluant Andy « le fauconnier »,
Elle est ce soir-là mille légendes, chante comme on chantait il y a mille ans, et plus encore,
Et incarne ce gemütszustand « primitif, sauvage, antique, réaliste » ressenti ici il y a quelques décennies,
Caressée par la caméra de son amant d’alors, un de ces films jamais monté, jamais montré,
Tutoyant l’élancement de cette forêt minérale
De son chant d’éther…

Nico
Reims cathedral December 13th, 1974 (Cleopatra Records, CD, 2012)
Site | Listen / écouter
Nico (voix, harmonium)