Nico

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Le chant des terres…
Capée de noir, la grande prêtresse païenne délivra ce vendredi 13 quelques incantations, emplissant le vaisseau gothique pétrifié et glacial de ses compositions sans âge,
Une Kriemhild à la radiance sombre, éclairée de blanc et de quelques cierges, revisitant son Moyen Age phantasmé, celui qu’elle entretenait nuit après jour rue Richelieu, enchantant cette nuit polaire dans ce temple dédié à la lumière,
Convoquant les spectres de Brian, de Jim, saluant Andy « le fauconnier »,
Elle est ce soir-là mille légendes, chante comme on chantait il y a mille ans, et plus encore,
Et incarne ce gemütszustand « primitif, sauvage, antique, réaliste » ressenti ici il y a quelques décennies,
Caressée par la caméra de son amant d’alors, un de ces films jamais monté, jamais montré,
Tutoyant l’élancement de cette forêt minérale
De son chant d’éther…

Nico
Reims cathedral December 13th, 1974 (Cleopatra Records, CD, 2012)
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Nico (voix, harmonium)

William Basinski // Jean-Claude Roché

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Lumière sépulcrale, plein cadre
Teinte d’os blême portée sur les frondaisons des bouleaux
Pas un bruit, si ce n’est le vacarme de la nuit insectoïde

Ici, des lucioles s’agitent sur la rocaille – à mille lieues de m’imaginer ce soir-là que ce serait probablement la dernière fois que j’en verrai
Là, des grillons grésillonnent ubique, tapissant l’espace invisible
Plus loin, où gît Cyr, grenouillent Rana, leur chant continu et entêtant, chant d’apparat pour saison des anoures (je me souviens que j’avais été saisi autrefois par le traitement sonore de leurs cousins boliviens), les Trois Belles scintillant de plus de 100 000 points blancs à leur zénith – Heh – Hehet – Héqet lorgnant le Levant

Lumière argentique – on parle d’Arles à la radio, qui bruisse en fond – je nage en pleine photographie
Et loue ma rétine d’avoir figé cet instant
En cette saison des Joueurs, la plus belle, la plus intense,
Un temps figé, juste parfait dans son antique majesté, peuplé d’ombres à la Chirico

Je m’y promène, sans bouger, y déambule, funambule,
Puissance de l’évocation, je comprends maintenant que la musique est une vaste machine à fabriquer du souvenir, à fixer un moment passé
Je m’en souviendrai à jamais, et tenterai de rejouer
indéfiniment
ce frémissement de la sorgue immobile…

William Basinski
Silent night (2062, CD, 2004)
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William Basinski (sounds)

Jean-Claude Roché
Au pays des grenouilles, guide sonore des amphibiens (Frémeaux & Associés, CD, 2007)
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Jean-Claude Roché (divers enregistrements en Europe)

Semool

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Voyage mental beat au départ de la rue Saint-Maur, d’où jaillissent quelques fuseaux aérés lorgnant vers Londres, Essaouira, Birmingham, au hasard, les fenêtres toutes ouvertes au levant,
une traduction en musique d’une littérature fragmentée et aventureuse,
celle des cendres encore chaudes couvant sous les rues,
celle du ticket qui explosa,
celle des tatouages mentholés – et envapés – en gestation,

onze tentatives d’interpréter un nouveau monde en pleine éclosion, en prenant acte du bouillonnement de ce moment si particulier, et le distiller, lentement, en extraire l’élixir-épice peut-être de façon brouillonne, une de ces révolutions douces qu’affectionnait Madame Rose Sélavy
Pas étonnant que cette échappée libre et sauvage s’acheva pile un siècle après les derniers soubresauts de la vie réalisée.
Les prendre au pied de la lettre, ces compositions sur-le-champ, sur le qui-vive, un avant-goût de ce qui allait advenir, à l’instar de ceux qui tracent les premières pistes dans un désert vierge, s’y retirent, faisant de cette unique apparaissance un mirage, une certaine idée de la transe…

Semool
Essais (Futura Records, LP, 1971 – reissued Souffle Continu, 2014)
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Olivier Cauquil (guitare, piano), Rémy « Dédé » Dréano (percussion), Philippe Martineau (guitare, percussion)

Janek Schafer

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Emprunter le ring circulaire
Tourne l’aiguille, tourne,
à décrire tes orbes enrobées
Pensum pour conduite erratique ’til Suburbia
Dérouler un ruban d’asphalte noir pointillé jaune
in noctis silentio

Un paysage jalonné de douze stations imaginaires, contrepoints ouatés au passage schwooofff des bolides, ramassés en une similaire signature aéraulique en dépit de leurs morphologies singulières,
Platines bouclées sur circuits sans fin flux continu habitat feutré – diode bleue allumée, rêve halluciné sans sommeil exigé – comment penser un monde non colonisé par ce continuum sonore, âge mobile embarqué, position assise immobile sur voie rapide ?
Qui nous transporte, comme bercé par une lame de fond.

Tout notre environnement organisé en fonction/autour de cette étendue sombre [période bitumienne], crépusculaire, chuintement brouhaha sur granulats
Infuser de la sérénité à la frénésie, à ces territoires titanesques tentaculaires, illusoire liberté offerte à la menace sourde, configuration béton-brai

Tu ne trouves pas que la circulation s’est densifiée depuis ?

Comme un écho persistant hantant les abords de Laleham road, Shepperton.

Viendra vite le temps sûrement où nous taraudera cette violente et douce mélancolie de ces signatures-sillages, mais qui s’intéressera encore à cette ichnologie du macadam ?

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Janek Schaefer
Lay-by Lullaby (12k, CD, 2014)
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Janek Schaefer (field recording, platines)