Ghédalia Tazartès

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Barde aède des temps post-tout, celui dont le nom est celui d’un Juste chante et fait chanter via glossolalies enfantines un univers imaginé tissant passé-présent-futur sur une platine-établi en un camaïeu de mots d’ailleurs et d’ambiances bricolées, so close & so entfernt, musique espéranto inépuisable même après tant d’écoutes,

chassant du souffle entre mélopées labiles et comptines enlevées, gigantesque brassage de mémoires populaires bouclées machiniquement en un bouillonnement de voix qui se font danse – on est loin du silence précédant l’éclipse, plutôt dans l’incantation de milliers de gorges déployées l’accompagnant, la célébrant dans toute son étrangeté, sa démesure, la JOIE comme seul moteur de ce moment exceptionnel, la parfaite expression du surgissement à l’étrangeté du monde.

Louez cet homme, il vous remémore les souvenirs dont vous aviez effacé toute trace, ou ceux dont vous n’aviez pas même conscience, celui de l’excitation des premiers instants, le babil primal,
folklore d’espaces-temps circulaires, indatables tout en étant familiers, bousculant âges et continents, suscitant mille analogies tout en ne ressemblant à rien de connu, côtoyé ou entendu, l’Homme et ses mémoires multiples réinventés perpétuellement dans toutes ses dimensions.
… alors… encore… alors… encore… ouais… alors… encore… d’accord

Ghédalia Tazartès
Une éclipse totale de soleil (Celluloid, LP, 1982 – reissued Alga Marghen, CD, 1996)
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Ghédalia Tazartès (tapes, sounds)

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Eliane Radigue / Mondes Bruits

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En revenir aux éléments, s’y coltiner. Les entendre siffler quand la matière arrive à fusion, les voir transpirer / se vaporiser.
Changer d’états, transmutations, initier des processus alchimiques, propulser des ascensions folles sur la grande pente, alterner quasi-silence et chaos terminal, se succèdent les grands sauts dans le vide, amplifier l’écho des destructions passées et des éructations fantômes en regardant glisser les traînées de buff-déchirements, gratter, lacérer métal machines, supports surfaces, couleur ciel saturé cobalt vire rouge brûle matière, rendre le visible are, bure, boke [brut, flou et granuleux], rendre palpable la déflagration  projetée, strier déchirer les masses lourdes, culbuter Kondratieff renverser les tables, oppresser infuser espaces sons, rire de l’harmonie, conchier leur progrès, place à l’humanité vraie discordante et rageuse

FAIRE CE QUE PERSONNE N’AVAIT ENCORE ENTREPRIS*

ou si mal, ou si peu,

Peupler l’infini des étranges enfin, et s’y promener librement sans craintes, mobilisé et apaisé, devenir une comète et filer, feuaireaupierreterre pour une fois réunis

A croire que la tempête sonore semble être le marqueur anticipateur du siècle écoulé, la Trinity rock+bombeA+électricité, nouvelle – et dernière ? – strate géologique de notre époque vacarme, jusqu’à la saturation, conjuguer l’art zen et larsens, sous la bannière de la flotille bleue.

* Yoshihara

Eliane Radigue
Feedback works 1969-1970 (Algha Marghen, LP, 2018)
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Eliane Radigue (electronics)

Monde Bruits
Portuguese man-o-war (Vanilla Records, C60, 1991)
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Shohei Iwasaki (sounds)

 

Emptyset

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Ils étaient partis, mais ull était resté.
Seul, mais avec une liste de tâches à effectuer en leur absence, temporaire.
Sans discontinuer, en éveil constant, un travail continu, tout du moins tant que les télédonnées ne seraient acheminées, sécurisées, conservées.
Une durée de « vie » vouée aux analyses, déplacements, explorations, concassages, exploitations, forages, récoltes, transmissions, data-réceptions, le tout assumé par ce curieux croisement entre un antique Big Dog et un scraper évolué.
Conçu dans le seul but de les effectuer jusqu’à épuisement de ses ressources.
Qui étaient paramétrées pour durer quasi-indéfiniment.

Avancer, toujours. Amasser des téra-octets d’informations, les stocker, les classifier, les évaluer avant de les échanger, en s’adaptant au terrain sinueux, aux conditions extrêmes.

Mineral machine music.

Dans ce vide profond, tout grincement provoqué est simplement inaudible.
Et pourtant, ull résonnerait au-delà de tout ce que ses concepteurs avaient imaginé.
Une entité faite débris sonores, produisant toute une gamme d’échardes auditives.

Ull ne s’écoutait ni ne se ménageait de toute façon, tout attelé à son programme ordonné jusqu’à l’abstraction, jusqu’à l’épuisement silices-processeurs.
Jusqu’à jamais en fait.

Répétition sans fin, l’aboutissement mis en spirale.
Le silence suivant la secousse sismique, maintenance systémique, opérationnelle au-delà de l’excès. Sans limite.
Ainsi dérivait-ull à ce moment, et TOUS ceux qui suivirent.

Emptyset
Recur (Raster-Noton, LP, 2013)

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James Ginzburg and Paul Purgas (sounds)

Le Forte Four / The Mothers of Invention

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         Au moment où l’ascenseur s’arrêta, Barron regarda la fille sans nom qui lui tenait la main, vit ses cheveux teints couleur de miel, ses grands yeux bruns, son corps plastique, fait pour baiser, vit la dernière en date d’une interminable file de blondes aux grands yeux aux cheveux de miel dont le point commun était qu’elles n’étaient pas Sara. Il se sentit pris au piège, comme une créature enfermée dans un montage électronique, éprouva quelque chose de plus fort que le désir charnel, et de plus faible que l’amour pour la fille sans nom, la fille qui convoitait l’image-phallique-en-couleurs-vivantes de Jack Barron de renommée mondiale. Donnant, donnant, se dit-il, comme pour le contrat d’Hibernation de Benedict Howards : baise-moi avec ton image, chérie, et je te baise avec la mienne.
         La porte de l’ascenseur coulissa et Barron précéda la fille dans le hall d’entrée privé avec sa moquette en peau d’ours et son panneau mural kinesthopique (cascades de vibrations atténuées, spirales alternées jaunes et bleues, bousculant la rétine, instabilité étudiée image par image), puis la conduisit silencieusement par le corridor obscur aux portes fermées à l’inévitable stupéfaction du living-room.
         Au vingt-troisième étage d’un immeuble new-yorkais des East-Sixties, Jack Barron vivait en Californie du Sud. Le Corridor débouchait sur une galerie en surplomb agrémentée d’un bar et de tabourets, dominant un vaste living-room à moquette rouge. La paroi opposée était faite de surfaces de verre coulissantes qui s’ouvraient sur une terrasse décorée de caoutchoucs entrelacés et de palmiers nains. Comme toile de fond, le halo permanent des lumières de Brooklyn et de l’East River. Le plafond du living-room était un énorme dôme à facettes en plexiglas transparent. Le mobilier : un mur entier d’appareils électroniques encastrés – écrans de télévision en couleurs et en noir et blanc, magnétoscope, magnétophone, équipement stéréo, modulation de fréquence et d’amplitude, orgue chromatique, vidphones, blippeurs, consoles de contrôle couplées – sofas en tapisserie bleue, rouille et orangée, coussins de cuir noir, banquettes en séquoia assorties d’une douzaine de petites tables, selles de chameaux, petits tas au nombre de six de coussins multicolores style oriental disposés autour d’un foyer dallé de trois mètres sur trois encastré dans le sol (type automatique à appel d’air latéral) d’où s’élevaient déjà des flammes (activées automatiquement depuis le hall d’entrée) qui projetaient de longues ombres vacillantes et pourpres. (…)

in Jack Barron et l’éternité (de Norman Spinrad, éditions Robert Laffont, collection « ailleurs et demain », 1969)

       Seules, cinq des sept plates-formes circulaires étaient occupées pour le concert de jazz mécanique de l’après-midi. Ces plates-formes élevées étaient disséminées sur tout le terrain de foire et entourées de tribunes aux gradins très raides. Musique et cris, bruits mécaniques et acclamations enthousiastes emplissaient l’air du soir. La Penna prit position près de la première scène et s’accroupit au milieu des jeunes. Haley se fit une place à côté de lui, La Penna lui chuchota : « Je ne sais pas le nom de tous les groupes qui jouent en ce moment, mais celui qui nous intéresse est sur la troisième scène à partir de la gauche. Les deux nanas avec le billard électrique et le piano automatique. »
« Eh ! crâne de piaf ! » hurla une Chinoise près de La Penna, « faut pas parler pendant la musique ! »
– « J’essayais de dire le nom des musiciens à mon vieux copain, » dit La Penna en souriant. « Hé ! Tu es drôlement jolie, toi ! »
– « Quoi ? »
– « J’ai dit que t’étais pas mal ! » hurla La Penna, « mais t’as pas l’air commode. » (…)

in Après la déglingue (de Ron Goulart, éditions Opta, collection « anti-mondes », 1970)

Côté ouest que du nouveau en ces Nixxxon years, avec comme agents (réveillés!) tectoniques les Residents, et Zappa définitivement (sans oublier le grand Charles Ives, tout près), infuseurs d’une pépinière libertaire qui allait fleurir, fleurir, et prospérer.
Le séraphin californien, charriant pastiche, cartouches et moustache, rend dingue, à coup sûr…

Le Forte Four
Le Forte Force – Bikini Tennis Shoes bootleg (Los Angeles Free Music Society, LP, 1975 – reissued by Superior Viaduct, 2017)
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Chip, Rick, Joe & Tom (electronics, electric piano, guitar, electric bass, vocals, plastic violin, toy xylophone, sax, et coetera)

The Mothers of Invention
Weasels ripped my flesh (Bizarre Records, LP, 1970)
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Frank Zappa (lead Guitar, keyboards), Ian Underwood (alto saxophone), Motorhead Sherwood (baritone saxophone, vocals [Snorks]), Roy Estrada (bass), Art Tripp, Jimmy Carl Black (drums), Don Preston (piano, organ, effects [Electronic Effects]), Bunk Gardner (tenor saxophone), Buzz Gardner (trumpet, flugelhorn)