Mécanique Végétale

MV blog

Un mystère…

Celui des protagonistes d’emblée (et ses alter-echo patronymiques), ou comment se dissoudre à ce point, effacer toute trace, tabula rasa à la casa —> anonymat, clandestinité inhérente réseau
Celui de l’écoutant ensuite : un appareillage ? un acarien ? un hybride ?
Celui du support : cartographie ? ou plan anatomique ?
Alors ? Une heure – plutôt 28 minutes x 2, ce chiffre parfait pour les initiés – durant laquelle il ne se passe rien, ou si peu, et l’étrange fascination pourtant qui en sourd, telle une tentative-tao de capter la suspension du temps.

Comme happé par le vide, sans début apparent, ni chute discernable.
Manifeste du discreet, incarnation du souterrain, méditation chtonienne.
Un étirement inconfortable, une tristesse insondable,
– ah, cette vingtième minute sur la plage travail, et vous comprendrez –
– ah, cette seizième minute sur la plage pause, et vous saisirez –
, sûrement une autre manifestation de cette « glaciation sonore » * qui sévit en Europa, il n’y a pas si longtemps.

Juste dans la foulée du surgissement de la musique d’ameublement, logique qu’advienne la ménagère… Ménagerie plutôt, une manifestation sur bandes d’animaux si « exotiques » comme le précise la définition qu’ils nous seraient encore inconnus, une collection d’empreintes sonores encore à venir, une spéciation archéologique à l’envers, exobiologie enregistrée à l’état brut ?
Comme les pellicules qui souvent impriment l’événement, avant que nous en soyons conscients…

Il est acquis que les machines, laissées à leurs pensées cafardeuses, rêvent insectoïdes [… like the croaking of a million crickets], elles que l’on imagine mises à nu, démontées puis rebricolées selon l’humeur du moment, la mécanique interne révélée, fatras de câbles et processeurs, juste maintenues en activité par quelques mouvements indolents, quand le repos s’éternise

VISION DE L’ÉLEVAGE DE POUSSIÈRE

jusqu’à l’aboulie finale, forcément distendue, concentrique.
A la manière d’une zone de végétation finalement foliée sur elle-même.
Fatalement mystérieuse.

* selon la belle expression de Tony Leduc-Gugnalons

Mécanique Végétale
60′ de musique ménagère (Grafika Airlines, C60, 1980)

MV 1 & MV 2 (sounds)

Publicités

Barricade

barricade blog

NOTES BRÈVES SUR LES POSSIBILITÉS OFFERTES PAR LE DÉTOURNEMENT DES BANDES DESSINÉES

L’élaboration d’une bande dessinée est un travail en commun ; le groupe crée sa propre technique par un apprentissage mutuel ; ceci peut-être une pratique où la spécialisation des individus (impliquant hiérarchisation et monopolisation des techniques par les individus les plus doués) est réduite voire supprimée.

La bande dessinée est un moyen d’expression qui, détourné, est une arme subversive très populaire . Le dessin y compte moins que le scénario, en effet on peut utiliser le dessin des autres, on peut ne pas se préoccuper d’une histoire cohérente car c’est ce qu’on a à dire qui rendra l’histoire cohérente.

Tout travail théorique ou d’expression théorique n’est pas seulement la rédaction de la théorie, ce n’est pas non plus seulement la mise en forme mais la formation ; ainsi la théorie évoluera au cours de la rédaction.

L’intérêt du détournement des bandes dessinées réside dans le fait qu’elles sont une forme décomposée d’expression et de représentation très révélatrice du morcellement des gestes, de la discontinuité du temps et de l’espace, de la stéréotypie de la parole de la société actuelle. Les paroles les plus radicales alliées au processus de décomposition poussent la représentation à son paroxysme.

La bande dessinée n’est pas une forme décadente d’art. UN art est dit « décadent » quand il y a exubérance ou appauvrissement des formes c.à.d quand la technique ne correspond plus aux structures sociales.
La bande dessinée est l’image que la société se donne à elle-même, image idyllique et par là-même idéologique. Elle est un art elle-même, car l’art est la sublimation de certaines techniques ; ses renouvellements étant des renouvellements de la technique, reproduisant les rapports de la société en évolution.

Les bandes dessinées s’adressent plus particulièrement à la disponibilité des enfants pour diffuser les poncifs de l’idéologie dominante. Il est donc plus intéressant de détourner celles-ci ou celles s’adressant à des adultes ayant déjà absorbés la culture (les bandes dessinées pour adultes, qui se multiplient actuellement, les empêchent de dépasser le cadre parcellaire de leur vie actuelle ; celle-ci est sublimée par l’éthique et le mythe de la bande dessinée).
Reflet pseudo-sacré de la la glaciation de la vie quotidienne, la bande dessinée s’inscrit dans le processus de démonstration de la décomposition de l’avant-garde culturel (sic). L’art, qui jusqu’au Romantisme formait un « en soi » uni et total par l’intermédiaire du sacré, se décompose depuis au morcellement de la vie.

(…)

MAI 1968

Il serait peut-être intéressant d’étudier ici sous l’angle suivant, ce qui n’a jamais été fait.

1) TOUS LES HOMMES SONT DEVENUS POÈTES

A) L’action collective a réussi à provoquer, à certains endroits et moments, des failles où la réalité directe est devenue poésie (ex. barricades, occupations, etc…)

B) C’est-à-dire le spectacle a retourné contre lui-même ses propres présupposés (division, séparation, etc…)

2) TOUS LES POÈTES SONT DEVENUS DES HOMMES

A) L’action collective a réussi à provoquer, à certains endroits et moments, des failles où la poésie (c’est-à-dire la critique de la vie quotidienne vécue) s’est réalisée (politiquement et directement)

B) La lutte des classes a réussi partiellement à dégager l’aspect réel du temps et de l’espace économico-sociaux.

3) INTERPRÉTER=TRANSFORMER

A) La classe ouvrière a réussi à provoquer, en certains endroits et moments, une cassure au sein de l’idéologie cimentant, alimentant et entretenant le vieux monde.

B) La classe ouvrière a réussi à créer et développer, à certains niveaux, la théorie révolutionnaire qui n’a été que sa pratique réelle.

C) La classe ouvrière a ainsi recommencé à exister (en certains lieux et moments plus ou moins privilégiés) en tant que classe révolutionnaire autonome, affirmant sa capacité politique de façon historique.

in revue Archinoir n°1 (février-mars 1969)

Mauduit poursuivit :
– Selon les accusés, vous présidez un cercle à tendance extrémiste… Quels sont les buts de ce groupement ?
– Extrémiste n’est pas le terme qui convient, répondit l’artiste d’une voix mesurée. Le club est un foyer intellectuel où sont abordés librement tous les problèmes de prospective situationniste.
L’inspecteur fit errer sur lui un regard nébuleux.
– Ah bon, fit-il. Et qu’entendez-vous par là, au juste ?
– Mais c’est très simple… A partir du concret actuel et de ce qu’il porte en germe, nous élaborons le schéma des situations qui en dériveront dans un avenir dont le seuil est fixé à l’an 2000. L’Humanité présente doit donc infléchir son comportement de manière à apporter des solutions rationnelles aux situations prévisibles.
– Notamment, railla Mauduit, en saccageant le mobilier d’une organisation ouvrière ?
(…)

in Complot pour demain de Paul Kenny (Fleuve Noir, 1967)

Avec ou sans s, une des plus belles embardées crissantes sur les braises encore bien chaudes d’une belle bande de barges, entre bal bastringue et bastos bruitistes, l’émeute est lâchée…

Barricade
Le Rire des Camisoles 1969 1974 (Futura Red, CD, enregistré en live entre 1969 et 1974, paru en 2005)

http://futuramarge.free.fr | Listen / écouter 

François Billard (harmonica & voix), Mario Branlo (saxophone clarinette basse & voix), Charly Bidineux (saxophones & clarinette basse), Brigitte Choupette (guitatre basse), Chris de Foy (guitare), Cyrille Bibounet (claviers), Fanfan belles cuisses (claviers), Fernand Le salé darlès (drums), Francis Baron des grottes (guitare), Frankie Di Lagio (basse electrique), Fred le vicomte (guitare), Gilbert Sulma Pontoise (batterie), Marce of Mémé Flippée (guitare), Gato Montauban (voix), Harvey Neneux (guitare), Papé l’ écrivain (claviers), Pépée Minègue (voix), Joseph Racaille (claviers), Roquet Belles Oreilles (basse électrique), Armand Talot Man (saxophone & clarinette basse), Thierry dit Kühl le clown (drums) & Tonton (trompette)

Christina Vantzou

cv blog

 

Cette grandeur. Ce calme. Cette beauté.
Je me tenais immobile, les yeux fermés, tout au bord de l’à-pic surplombant la rivière aux chênes. Tout était si paisible, la brise si chaude… Une pomme de pin tomba à quelques mètres, dans un craquement sec.
J’avais soif.

Deux jours. Depuis deux jours, loin des miens, j’avais gagné la grande forêt. A courir, à en perdre haleine. Pourquoi ? Je ne m’en souvenais plus. Peut-être pour m’échapper, ou profiter de la fraîcheur des hautes futaies, ou pour chasser. Peu importe, j’y étais.
Avec pour seul objet, cette carabine, donnée jadis par ceux qui ne parlaient pas ma langue, pour les guider.

La nuit dernière avait été très douce, où couché à même la mousse, j’avais observé longtemps, très longtemps avant de m’assoupir, les hauts murs de pierre baignés d’argent, l’eau scintillante, le silence seulement troublé par les hordes de mosquitos.
N’en pouvant plus, je m’étais immergé dans ce torrent, encore chaud même à ce moment de la nuit. Je m’étais laissé couler, mon visage seul dépassant parmi les rochers, l’eau dessinant des rigoles sur les peintures qui l’ornaient. Demain matin, le reste des braises me servirait à le teindre, à nouveau. Ce calme. Uniquement troublé par une flèche de feu dans le ciel, et cette biche venue s’abreuver. Je songeai alors à ma carabine, mais elle reposait sur des branchages, à l’abri sur la berge. Et pourquoi l’aurais-je tué, pensai-je, puisque j’étais seul ici. Aux aguets, elle jetait sans cesse sa tête hors de l’eau, attentive, puis y retournait. Elle quitta l’endroit peu de temps après, puis s’enfonça dans un taillis, sans bruit, comme elle était venue. J’aimais cet endroit, comme tous les autres que je parcourais, j’aimais cette solitude.

Des voix m’avaient parlé durant mon sommeil, semblables à celles des femmes chantant au wigwam. Ou étaient-ce les oiseaux de nuit qui m’avaient bercé ? J’avais repris mon fusil, enfilé mes mittas, bien décidé à trouver quelques victuailles. Qui se présentèrent.
Éclairs, orage sans pluie.
Elle se présentèrent sous la forme de deux petits oiseaux – « tschup tschup » suivi de ce léger bourdonnement – abattus l’un après l’autre. Je ne les mangerai pas tout de suite. Peut-être que les deux blancs chétifs que j’avais aperçus tout à l’heure les voudraient.

Les gouttes de rosée. Le vol d’un papillon. Le vent dans les hautes herbes.

J’avais décidé de les suivre. Ne connaissant pas ce désert vert, guidant difficilement leurs montures, il ne m’était pas difficile de les suivre à la trace, voire de courir à leurs côtés. Leur surprise fut totale, ils m’amusaient. Ils me parlèrent, leur fit comprendre que je ne les comprenais pas, ils m’offrirent alors de l’eau de feu, je leur vendis mon gibier, ils agitèrent alors leurs mains en l’air et repartirent. Je décidai de les suivre à nouveau, n’ayant rien d’autre à faire. Bondissant, empruntant les sentiers des cerfs, je les devançai sans cesse, et m’arrêtait à leur hauteur, quelque soit leur vitesse, ou leur direction. Ils prirent peur, je le voyais, j’en riais.C’est alors qu’ils tombèrent sur le vieux au visage de broussaille, celui qui vivait seul ici, depuis des lunes, comme l’homme-à-l’ours, un peu plus au nord. Des fous, amicaux certes, mais de vrais dingos.
J’allai lui parler, lui demander un peu de poudre pour mon fusil, lui raconter ma rencontre avec ses congénères.Ils continuèrent de parler entre eux, dans leur langue, semblant très attentifs à ce que disait l’autre.
Pourtant, aucun d’entre eux ne remarqua que je m’esquivai, sans bruit, comme une biche.

Ce soir-là, en s’endormant et en fixant les étoiles, il perçut que les choses avaient changé, que d’autres allaient venir, tout un univers en expansion. Et il se demanda si demain tout serait aussi grand, calme et beau.Il n’en était plus si sûr.

Christina Vantzou
N°3 (Kranky, CD, 2015)

www.kranky.net | Listen / écouter

Composé par Christina Vantzou
Orchestre sous la direction de David Anne (Fabienne Vergalle, bassoon / Harm Garreyn, cello / Mike Delaere, double bass / Toshiyuki Shibata, flute / Hannes Verstraete, horn / Els Wollaert, Louise Kuyvenhoven,vocals, mezzo soprano / Eva Debruyne, oboe / Simon Decraene, percussion / John Also Bennett, synthetiser / Jesus Moreno Miras, trombone / Pieter De Rydt, viola / Freek Ruysschaert, Robin Van Heghe, violin)

Déficit Des Années Antérieures

deficit-des-annees-anterieures-action-and-japanese-demonstration blog

 

collage ddaa 250318 blog

Déficit Des Années Antérieures
Action And Japanese Demonstration (Illusion Production, LP, 1982 – Fractal Records, reissued in 2008)

Collage inspiré par ddaa (2017/18)

http://hip.hip.ip.free.fr/ddaa/ddaa.php3 | www.fractal-records.com
Listen / écouter

Jean-Luc André (guitare, basse, percussion), Jean-Philippe Fee (guitare, voix, percussion), Sylvie Martineau Fée (synthé, piano, percussion)