Jean-Marc Foussat

Jean-Marc Foussat abattage blog

Il s’assoit. Il ouvre la fenêtre. Il prend un sifflet à serin, et souffle dedans.
Quelque part dans cet appartement coule de l’eau. Il se dit qu’il a peut-être une fuite. Il écoute et enregistre. Il recouvre peu à peu ce bruit de gratouillis et scintillements. Il s’arrête. Et prend un piano jouet. Qu’il malmène.
Il branche la radio. Navigue sur la bande. Capte Barbra Streisand. Woman in love. Il l’enregistre, la bribe, l’échantillonne.Il s’arrête.

PAUSE SILENCE RADIO.

Il reprend, branche son Synthi. Il le joysticke, le bidouille. le pince. Bricole. Chatouillis miniaturisés, musique-valise.
Il reprend un piano. Egrène quelques notes suscitées par le paysage qu’il entrevoit. Des ruines. Il ménage des silences, accélère le tempo.
Puis silence, de nouveau. Il contemple, rejoue quelques notes. Simili ennui. Il se penche par la fenêtre, voit des hommes s’activer en-dessous (crissements, moteur), laisse la fenêtre ouverte.

Il se lève. Il tousse. Il s’allume une cigarette, en recrache la fumée. Il prend une guitare, jeu nocturné, puis surgissent des voix moqueuses – le futur fait toujours peur – il toussaille encore.
Il revient à la fenêtre, lui tourne le dos et se rassoit. Il éponge les sons du dehors. Il martèle une nouvelle fois son piano, mucho fortissimo cette fois. Il crie. Il se calque sur le marteau-piqueur (rouge, vraisemblablement), le matin calme vire au cauchemar. Il décide de l’intégrer – si un bruit vous dérange, écoutez-le – il referme la fenêtre. Il décide d’accompagner cet assaut, immobile, par machine interposée. Il pose des jalons – il l’ignore sûrement – active oscillateurs, amplificateurs, effets, toute la panoplie désirante de cette boîte voodoo. Et domestique. Et se dit alors que ce razor sound colle perfecto à l’atmosphère du moment, y pose du larsen, distorsion de l’espace clos, la foreuse de l’asphalte est battue à plate couture, il se dit finalement qu’une table à manger / à mixer c’est tout comme, ça s’auto-nourrit.

Il arrête tout, débranche les câbles, referme la mallette AKS, et se dit qu’il en a abattu. Comme l’on dit d’un travail bien fait.
Il regarde la fenêtre qui est toujours ouverte. Alors, il se lève.

Jean-Marc Foussat
Abattage (Pyjama records, LP, 1983)
http://jm.foussat.free.fr/
Jean-Marc Foussat (appeaux, guitares, piano, objets, synthétiseur EMS, voix, production)

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