Annea Lockwood

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Fixer la carte : relever les noms de lieux aux sonorités familières, Blue Lodge, Mount Marcy, Hudson River, Glen Falls; puis accrocher sur Adirondack, tout en aspérité rugueuse, inconnue, effrayante, à l’image de ses hautes murailles anthracites chutant à pic dans la Grande Rivière, paysage grandiose à la Cole.
Fermer les yeux : les saisir au passage, ceux qui la peuplent, les Muhhehunew, ceux qui durant des générations ont entendu le même fluchement liquide, l’écoulement perpétuel, celui de leur passé, de notre présent, et des temps à venir, avec ou sans nous tous
S’y laisser submerger, pratiquer l’écoute en cheminant, chaude dérive géopoétique sur la voie des Morts, sur le sentier des Grottes [ou creutes, comme on les appelait alors dans dialecte de la province]
Tout en os+sable mêlés

et même si les lieux empruntés sont différents

ressentir cette présence de l’eau, tout autour de soi, se souvenir que l’on traverse une image fantôme de sa présence, promenade éveillée dans un monde jadis aquatique,sillonné des mêmes Odontaspis, arpentés des mêmes Turitella & Potamides, tapissant de leur nacre chatoyante ces anciens fonds immergés, lagon bleu comme suspendu dans les airs
Ils étaient là, tout autour de toi le scaphandrier nu

Coule, l’eau
Ce bruit continu [l’eau est une bande magnétique] d’un passé sans cesse re-présenté, recommencé,
Coule, l’eau
Ce torrent de vie est identique à celui d’hier, sera identique à celui de demain,
Le grand brassage séminal, charriant la mémoire comme le gravier
Coule, l’eau
Le long des berges
Arrose l’aigremoine eupatoire, la Renouée du Japon, la Fougère-Aigle (ou bizard), l’agrostide stolonifère
Efface les traces, révèle les sédiments,
Tu joues le temps, tu le prends, discrètement,
Coule, l’eau,
L’onde originelle,
Coule, l’eau
Coule, l’eau
Coule.

Et au retour, poursuivre l’écoute qui s’est tue par ces mots de JF Cooper : »Le plateau qui opposait à son écoulement une barrière naturelle offrait un passage (portage) de la même étendue, qui conduisait le voyageur sur les bords de l’Hudson, à un endroit, où, sauf les obstacles ordinaires élevés par les rapides ou rifts, comme on les appelait alors dans le patois du pays, le fleuve devenait navigable à la marée. »

Annea Lockwood
A sound map of the Hudson River (Lovely Music, CD, 1989)
www.lovely.com :: Listen / écouter
Annea Lockwood (microphones)

 

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