Lasse-Marc Riek

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Île de fer, de sang, de rouille.
Île de tempêtes, de libations et d’explosions, terre nodale de tous les fléaux, passés, et présents.
Île aux noms multiples, de Fosite pour les Frisons aux Colonnes d’Hercule, Heligoland, Helgoland.
Île qu’au pire l’on perçoit par l’odorat, sinon par l’ouïe, roulis sur rochers, liquide versus pierre, comme toutes les autres

Île aux destinées brutales, une de ces lost places arasées, comme taillées par un rasoir géant, dénudées aux charges lourdes, terre sacrée d’expérimentation à ciel ouvert, plombée, aux carcasses trinitrotoluènisées, aux tunnels éventrés
On lui avait aussi envisagé un avenir radiant à-la-Bikini, sauvé in extremis par sa position sûrement trop occidentée bien qu’accidentée

Et en dépit de cela, comme souvent – toujours ? – règne en ces lieux ravagés une cacophonie joyeuse et résiliente,
Qui marmettise comme un tintement de clochette
Qui choque l’onde
Qui rie « tee-er »
Qui crie « ee-rie »
Qui raille, ou même bêle et rugit, lamentations sur mur de craie
Les anciens tunnels ayant troqué les bathyscaphes pour des places de nidification

Comme une inversion du paradis perdu, une résurgence d’un écosystème qui n’aurait jamais disparu, seulement étouffé momentanément mais d’une vivacité telle, que

Les guillemots, Fous de Bassan, mouettes tridactyles, sternes, goélands bruns et phoques étaient là, sans que personne ne les entende plus, eux les véritables détenteurs de la place, sans titres ni pouvoirs, des colons natifs

Un docu-disque, recension d’une présence bannie ô combien vitale, bal(l)ade touristique immobile.
Alors donc, ces guillemots, Fous de Bassan, mouettes tridactyles, sternes, goélands bruns et phoques se portent très bien, incontinent. Jusque quand ?
L’épilogue, réminiscence du vrombissement tapi d’un Vulcan / Victor / Canberra, nous laisse présager du pire…

Lasse-Marc Riek
Helgoland (Gruenrekorder, CD, 2013)
www.gruenrekorder.de :: Listen / écouter

Lasse-Marc Riek (microphones) + birds & grey seals

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