Roots of Madness

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A l’insu de Payne, un furet à pattes noires, espèce rarissime qui aux yeux d’une colonie d’écureuils se situe quelque part entre ces célèbres frimeurs pour péquenauds que sont C.C. Rider et Stagger Lee, un furet donc sortit en trombe de son terrier pour traverser la route de comté 67 entre Rainy Butte et Buffalo Springs, dans le Nord Dakota; non loin, en fait, de la Cedar, bras méridional de la Cannonball River. Il s’en fallut d’un cheveu que cette créature sauvage aussi rare que minuscule ne se fit (accidentellement) écraser par C(letus) J(ames) Clovis, le rondouillard au rêve global de chauves-souris, qui filait vers l’ouest dans son camping-car Dodge. En deux temps trois mouvements, Clovis avait justifié au moins les dépenses de tout un été. N’utilisant que la main-d’oeuvre locale et agissant en qualité de contremaître, il érigea sa tour à chauves-souris dans l’Ouest, créant ainsi le premier environnement sans insectes pour les pique-niques de l’American Legion à Farrow, dans le Nord Dakota. Il avait observé avec une certaine joie les chauves-souris creuser leurs alvéoles au flanc de hautes falaises, leurs essaims voleter le long de lits de torrents à sec et de bancs gravillonneux, à travers saules et peupliers, des chauves-souris dans les arbres et le ciel qui se déversaient comme de la fumée hors de leurs grottes et de leurs trous excavés dans les à-pics et les mesas, pour rejoindre la première chauve-souricière Clovis de l’Ouest et ses logements cinq étoiles. Au niveau des petites entrées « mayas » eurent lieu quelques crêpages de chignon. Les premières arrivées furent fatalement les premières servies. Pendant un temps assez bref, le côté rat de la chauve-souris prit le dessus; sur les petites loggias étagées, une guerre terrible éclata entre chiroptères. Au pied de la tour, un C.J. Clovis assez inquiet se tenait en compagnie de son premier client, Dalton Trude, maire de Farrow, en écoutant l’empoignade lointaine. Bientôt, les victimes de l’échauffourée se mirent à pleuvoir; noirs gants victoriens, ailes de mort. Après le retour au calme, quand les folles chauves-souris de l’anarchie eurent été battues à plate coutureou renvoyées à leurs chères falaises, Clovis comprit que sa tour serait un succès. Le surlendemain, on organisa le pique-nique; au crépuscule, les chauves-souris se rassemblèrent très haut par-dessus les hot-dogs, le poulet rôti et une énorme plâtrée de salade de pommes de terre. Assez spontanément, un ban s’éleva parmi les invités :
– Hourra pour les chauves ! Hourra pour les souris ! Hourra pour le pique-nique de la Legion à Farrow ! Hourra pour C.J. Clovis des Chauves-souricières Savonarole, Inc. Hourra ! Clovis se mit en route. (…)  

in Embuscade pour un piano de Thomas McGuane (Christian Bourgois éditeur, 1971)

Yeepee yippy, gloire à ces baladins de l’Amérique déglingue & frappadingue qui chantait dans les laveries automatiques ou sous les aires d’autoroute, là où le son portait, à la Rollins (Sonny) !

Roots of Madness
A girl in the chair (Dogmouth Records, LP, 1971 – reissued 2005)
Listen / écouter

Geoff Alexander (shortwave, walkie-talkie, trumpet, percussion, piano, vocal), Don Campau (shortwave variations, cymbals, vocal), Joe Morrow (shortwave, recorder, trombone, percussion, clarinet, vocal), Jim Kulczynski (guitar, vocal), David « Dave Dolphin » Leskovsky (mouth harp, yell)

 

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