Dennis Johnson

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Novembre 2005

LES SPECTATEURS

Ils sortirent tous de chez eux pour regarder le ciel ce soir-là. Ils abandonnaient leur dîner ou leur vaisselle ou leur toilette pour aller au spectacle et sortaient sur leur porches déjà affaissés pour contempler l’étoile verte de la Terre, là-haut. Ils se
dérangeaient sans effort conscient, tous sans exception pour mieux comprendre les nouvelles transmises par la radio un moment plus tôt. Là-haut, c’était la Terre, la guerre qui se déclenchait, des centaines de milliers de mères ou de grands-mères, de pères, de frères, de tantes, d’oncles ou de cousins. Ils se tenaient devant leurs maisons et s’efforçaient de croire à l’existence de Mars; le problème était renversé.A tous points de vue, la Terre était morte maintenant. Ils l’avaient quittée depuis trois ou quatre ans. L’espace était un anesthésique; cent millions de kilomètres d’espace vous engourdissaient, endormaient la mémoire, dépeuplaient la Terre, effaçaient le passé, permettaient à chacun de continuer à vivre. Mais, ce soir, les morts se relevaient, la Terre était réhabitée, la mémoire s’éveillait, un million de noms venaient sur les lèvres. Que faisait un tel soir sur la Terre ? Et celui-ci, et celui-là ? Les gens, sur leurs porches, s’entre-regardaient à la dérobée.  A neuf heures, la Terre parut exploser, s’enflamma et se mit à brûler. (…)

in Chroniques martiennes de Ray Bradbury (Présence du futur, 1955)

BEAGLE I
– CAMP DE BASE – EOS CHASMA –

2 novembre 2016. Nous n’y échappons pas. Alors que le vent se lève et souffle de plus en plus fort, je songe à un terrible roman que j’ai lu, il y a de cela longtemps : Le Vent de nulle part. L’histoire d’un vent qui commence comme une brise et accélère, encore et toujours, jusqu’à balayer la Terre de toute vie, jusqu’à contraindre l’homme à s’enterrer, à devenir le peuple des Enfers, de l’Hadès. De l’Invisible. Le vent est comme le feu,qui détruit tout sur son passage, qui sculpte mieux que quiconque la matière la plus dure.  Sur Mars, il a dessiné des fleuves, des visages, des reliefs en forme de buissons, des mots même : les yardlands, qui semblent, en altitude, des calligraphies orientales. Et si c’était lui qui avait détruit ce monde ?
Le vent de Mars… Le vent de Mars balaye la terre meuble / Le ciel se charge d’embruns en bouquets / Au loin la mer rugit…

Cette poésie me revient, qui parlait d’un vent de printemps et non d’un vent d’ici, mais qu’importe. Elle était belle. Je l’avais choisie, à l’école, et lue devant tous mes camarades. Le maître l’avait ensuite inscrite au tableau et fait recopier par tous. (…)

in Sur Mars, récit de voyage d’Arnauld Pontier (Editions Nicolas Chaudun, 2009)

Géométrie oubliée d’autres paysages imaginaires,
Originaire forcément d’une des cités pivot du modernisme, « de la vallée »
Il est à souhaiter que ces profuses notes éparses accompagnent « ceux qui partiront en expédition », leur ayant déjà ouvert la voie, en parfait pionnier.

Dennis Johnson
November (Irritable Hedgehog, 4 CD Box Set, composé en 1959, paru en 2012)

http://irritablehedgehog.com/Listen / écouter

R. Andrew Lee (piano)

 

 

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