Jana Winderen

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Comme un long plan séquence plongeant du ras de mer à l’étrave, brise glacée et grinçante contre laquelle s’écrasent mollement bulles d’air et hummocks.
Lointains échos des déflagrations assourdies de Nova Zemblia (ne dit-on pas qu’il s’agit de la « Nouvelle Terre » ?), de l’Iceworm terminal, ou projection fantasmée d’une exploration encéladienne, ce qui nous rappelle que la toponymie des lieux reflète très souvent la signature sonore qui y règne – prononcez Barents; prononcez Spitzberg – et vous saisirez la violence qui s’y déploie, car loin d’y figer un sanctuaire, s’y dessine un champ (du cygne) de l’énergie neutronique, d’une portée testamentaire.

On dit de cet univers inframerrestre qu’il est vierge de tout bruit, alors qu’il n’est que mastication, kyrielle de succions-krill marmonnées, chuchottés-cristaux, fissures de glace (du verre, ou de l’eau transmutée solide ?), l’eau faite glace et le feu crépitant étant
étrangement proches, non ? Écoutez les feulements feutrés de la glace en mouvement constant, une érotisation du froid, mystérieux continent noir en expansion.

On peine à imaginer que ce qui gît là, glisse, respire, frémit et craque nous est si étranger, nous qui sommes avides de le traquer à 40 millions de milles nautiques d’ici, alors que ce qui gît, craque, frémit et respire, est tout simplement ici.
À portée. Et à sauvegarder.

Jana Winderen
Energy field (Touch, CD, 2010)

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Jana Winderen (microphones)

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