Le Forte Four / The Mothers of Invention

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         Au moment où l’ascenseur s’arrêta, Barron regarda la fille sans nom qui lui tenait la main, vit ses cheveux teints couleur de miel, ses grands yeux bruns, son corps plastique, fait pour baiser, vit la dernière en date d’une interminable file de blondes aux grands yeux aux cheveux de miel dont le point commun était qu’elles n’étaient pas Sara. Il se sentit pris au piège, comme une créature enfermée dans un montage électronique, éprouva quelque chose de plus fort que le désir charnel, et de plus faible que l’amour pour la fille sans nom, la fille qui convoitait l’image-phallique-en-couleurs-vivantes de Jack Barron de renommée mondiale. Donnant, donnant, se dit-il, comme pour le contrat d’Hibernation de Benedict Howards : baise-moi avec ton image, chérie, et je te baise avec la mienne.
         La porte de l’ascenseur coulissa et Barron précéda la fille dans le hall d’entrée privé avec sa moquette en peau d’ours et son panneau mural kinesthopique (cascades de vibrations atténuées, spirales alternées jaunes et bleues, bousculant la rétine, instabilité étudiée image par image), puis la conduisit silencieusement par le corridor obscur aux portes fermées à l’inévitable stupéfaction du living-room.
         Au vingt-troisième étage d’un immeuble new-yorkais des East-Sixties, Jack Barron vivait en Californie du Sud. Le Corridor débouchait sur une galerie en surplomb agrémentée d’un bar et de tabourets, dominant un vaste living-room à moquette rouge. La paroi opposée était faite de surfaces de verre coulissantes qui s’ouvraient sur une terrasse décorée de caoutchoucs entrelacés et de palmiers nains. Comme toile de fond, le halo permanent des lumières de Brooklyn et de l’East River. Le plafond du living-room était un énorme dôme à facettes en plexiglas transparent. Le mobilier : un mur entier d’appareils électroniques encastrés – écrans de télévision en couleurs et en noir et blanc, magnétoscope, magnétophone, équipement stéréo, modulation de fréquence et d’amplitude, orgue chromatique, vidphones, blippeurs, consoles de contrôle couplées – sofas en tapisserie bleue, rouille et orangée, coussins de cuir noir, banquettes en séquoia assorties d’une douzaine de petites tables, selles de chameaux, petits tas au nombre de six de coussins multicolores style oriental disposés autour d’un foyer dallé de trois mètres sur trois encastré dans le sol (type automatique à appel d’air latéral) d’où s’élevaient déjà des flammes (activées automatiquement depuis le hall d’entrée) qui projetaient de longues ombres vacillantes et pourpres. (…)

in Jack Barron et l’éternité (de Norman Spinrad, éditions Robert Laffont, collection « ailleurs et demain », 1969)

       Seules, cinq des sept plates-formes circulaires étaient occupées pour le concert de jazz mécanique de l’après-midi. Ces plates-formes élevées étaient disséminées sur tout le terrain de foire et entourées de tribunes aux gradins très raides. Musique et cris, bruits mécaniques et acclamations enthousiastes emplissaient l’air du soir. La Penna prit position près de la première scène et s’accroupit au milieu des jeunes. Haley se fit une place à côté de lui, La Penna lui chuchota : « Je ne sais pas le nom de tous les groupes qui jouent en ce moment, mais celui qui nous intéresse est sur la troisième scène à partir de la gauche. Les deux nanas avec le billard électrique et le piano automatique. »
« Eh ! crâne de piaf ! » hurla une Chinoise près de La Penna, « faut pas parler pendant la musique ! »
– « J’essayais de dire le nom des musiciens à mon vieux copain, » dit La Penna en souriant. « Hé ! Tu es drôlement jolie, toi ! »
– « Quoi ? »
– « J’ai dit que t’étais pas mal ! » hurla La Penna, « mais t’as pas l’air commode. » (…)

in Après la déglingue (de Ron Goulart, éditions Opta, collection « anti-mondes », 1970)

Côté ouest que du nouveau en ces Nixxxon years, avec comme agents (réveillés!) tectoniques les Residents, et Zappa définitivement (sans oublier le grand Charles Ives, tout près), infuseurs d’une pépinière libertaire qui allait fleurir, fleurir, et prospérer.
Le séraphin californien, charriant pastiche, cartouches et moustache, rend dingue, à coup sûr…

Le Forte Four
Le Forte Force – Bikini Tennis Shoes bootleg (Los Angeles Free Music Society, LP, 1975 – reissued by Superior Viaduct, 2017)
Listen / écouter
Chip, Rick, Joe & Tom (electronics, electric piano, guitar, electric bass, vocals, plastic violin, toy xylophone, sax, et coetera)

The Mothers of Invention
Weasels ripped my flesh (Bizarre Records, LP, 1970)
Listen / écouter
Frank Zappa (lead Guitar, keyboards), Ian Underwood (alto saxophone), Motorhead Sherwood (baritone saxophone, vocals [Snorks]), Roy Estrada (bass), Art Tripp, Jimmy Carl Black (drums), Don Preston (piano, organ, effects [Electronic Effects]), Bunk Gardner (tenor saxophone), Buzz Gardner (trumpet, flugelhorn)

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