Loscil

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La quête des grandes profondeurs était la conquête de l’espace, rétrofuturistiquement parlant, pour ces hommes de cette fin XIXe, celle de l’immersion totale allait devenir celle des hommes du XXe balbutiant, se laisser glisser dans les abysses au sein de racés cétacés d’acier, l’ironie du sort étant justement la recherche absolue de l’absence de tout tabut…
Nul orchestre ici pour accompagner leur chute finale, le seul sale air de la peur avant l’engloutissement, seulement une longue descente en paliers façon scaphandriers, danse ralentie sonarisée, un voyage englobant, un déplacement languide-liquide, une plongée en Pangée.
« Ouvrez les ballasts et laissez-vous harponner par cette âme-son », avait noté en son temps Léo Céans.

Un passage en revue des premières fois se déploie ici : du franchissement du pôle (qui de la première douche, qui du premier repas, qui de la première photo) à la migration vers un canal urbain de la ville-lumière, pour avoir été mu par un moteur électrique et/ou à air comprimé, ce fameux quatrième fluide ; ou pour avoir été baptisé d’un nom fictionnel à la Verne (cet autre Ambiens) et avoir servi de tonnage étalon pour la construction de la prime centrale élec-nuc, mais aussi avoir effectué des prises de vue sous la surface ; pour avoir été doté de torpilles, au sens d’engin destiné à engourdir ou provoquer une torpeur létale, ou avoir été conçu pour un usage de loisirs, ces sphères rondes et « transparentes », « parfaites et [offrant] des prestations garanties à l’usage des plus fortunés de nos congénères terrestres », et avoir été conçu avec une volonté de détruire.
Pour avoir fait périr cent dix-huit hommes corps et biens après seulement six ans d’existence, concentré technologique fauché par une Rafale au sein de l’onde…

Toute une nomenclature touffue, giguant de l’alpha-numérique aux dénominations de lieux exotiques, de patronymes illustres à des substantifs mâlo-centrés et terrifiques, sans oublier de féroces créatures, comme une plongée dans les tréfonds du langage, l’acier boulonné comme proue-pointe avancée de la pensée conquérante, l’âge des prophéties apocalyptiques, tant et tant qu’un deuxième opus en serait saturé de bien d’autres, ces Minerve, ces Eurydice, Tresher, Sybille, ces San Juan, ces Lutin, Scorpion, Ming, ces K-129, Komsolets ou n°6. Toute une litanie d’autres rôdeurs, vraisemblablement.

Loscil
Submers (Kranky, CD, 2002 – reissued Kranky, 2xLP, 2018)
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