Tom Recchion

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Tout est là, convoqué, rassemblé : les mantras lascifs, le kool jass alangui des grands hôtels, les bizarreries tripatouillées, les machines folles pluggées palustres, les gazouillis ambiants, les chamades rythmiques, l’esprit étoilé de la déglingue, les hautes sphères du twaddle, les lieds de l’Id, réminiscences du Ça
Avec ce doublement du c, comme un impeccable meccano occidental de saccage des accords.
L’haeccéité à hauteur d’ohm, accessoirement, comme cheminer à la lenteur du pachyderme, tranquillement.

Tout est là, oui…
Mais retranscrit en clapotis, en petits riens, empreints de cette oisiveté et indolence propres aux sculpteurs de poteries, aux jardiniers amateurs, aux regardeurs de nuages, aux porteurs de bobs à rouflaquettes, aux aficionados du lavomatic, aux surfers d’Aral, aux pompiers eskimos, aux cultivateurs de putrelles, aux collectionneurs de glow-in-the-dark stickers, aux lanceurs de cailloux dans l’eau (enfin, de certains d’entre eux, les autres gardés dans les poches), aux zélotes des mail order mysteries, aux amateurs de légufrulabélophilie,
bref à tous ceux qui épousent cette acédie sur CD                une posture toute en niksen, apte à viser et saisir l’impassibilité d’un Sôseki…

ps : tout ce temps l’écoutant en cette ère d’enfermement des habitants, dont je ne vois que les bras jaillissant de leurs demeures, fermant persiennes et volets hâtivement.

Tom Recchion
Sweetly doing nothing (Schoolmap, CD, 2006)
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Tom Recchion (tape, turntables, percussion, guitar, computer, effects)

Hiroko Komiya

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Sentir son écoulement
sous l’averse printanière,
devenir pierre

Grand moment de solitude
heureusement !
brille chaque soir Étoile de métal [金星]

Sur la table
le coquillage songe à son lagon
et résonne

Triste est la mousse
car jamais
ne s’agite au vent

Remue des clochettes
entre chien et loup –
les cigales feront écho

Fouler le sol
sous la lune –
et soupirer légèrement

Et toi la roche
venue du ciel, de nulle part –
comment ça va ?

Toute la nature bruisse et frémit
en parfaite tranquillité
comme dans un rêve étrange

Fine est l’ondée
sur les tiges de bambou
le vert est éclatant

Ciel ensoleillé ou nuageux,
le tournesol Parus major picore –
la vie reprend, sans relâche

Hiroko Komiya
Eau nouvelle (Maat, CD, 2009)
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Hiroko Komiya (pierre, coquillages, billes métalliques, jouets, percussion et voix)

Steve Reich

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Une course sur les flancs du canyon
Au tempo plus rapide puis aux saccades plus lentes, comme au ralenti
Procédant par strates déphasées
Ce moment historique où l’on redécouvre d’un nouveau regard les vastes espaces – roche, sable ou régolite

Se fixer sur un motif donc
Photo murale
ou
Ressac littoral
ou
Polylobe fractal

Le ressasser, l’étirer, le superposer
Allonger le temps
En grossir le grain, le noyer
Comme une même image photocopiée à l’infini
Répéter le mouvement jusqu’à en épuiser la trame d’origine
Répéter et superposer
Jusqu’à en révéler une autre forme
Transmutée

Ne dit-on pas que c’est là, précisément, dans l’accumulation, que jaillit l’étincelle ?

En revenir alors au paysage, miroitant derrière les vitres du zéphyr fuselé-argenté,l’immobilité juste contrariée par le défilement rapide de la plaine (chevauchée décomposée/recomposée à la Muybridge), fixant un point au loin, presque statique, et la prairie au plus près, toute en lignes floutées, distendues, au canevas rythmique évolutif, ou comment changer tout en paraissant similaire => une itération faite son.

Steve Reich
Four organs / Phase patterns (Shandar, LP, 1970)
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Art Murphy, Philip Glass, Steve Chambers, Steve Reich (orgues électriques), Jon Gibson (maracas)

Aube

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… Aube, ce mot, l’un des plus beaux
Ce moment si particulier, si précieux,
Une éruption lénifiante,
Comme une vague qui grandit et se répand, qui a prétendu que ces nappes étaient inertes ?

Bien malin le Georges, s’il avait pressenti que sa lampe Claude serait l’antichambre du chaos, que tout irait de Travers, une ouverture vers l’inconnu, brûlante et mercurienne en diable !

Stratégie de l’engorgement, overdrive du tungstène, comme métaphore de la pollution urbaine proliférante ,
Une traînée de clochettes célestes s’acoquinant avec un flipper déréglé et rebondissant,
Alignement de tubes fluorescents crépitant telles des Katiouchas d’un ardent vif-argent,
voilà ce qui se donne ici à entendre : se coltiner avec la trivialité du quotidien et en révéler le potentiel entropique, rendre audible le banal comme l’eau ou le gaz

! [Argon] ose l’imaginer ! La rencontre avec cet autre sculpteur de lumière, Alan B. Bermowitz, qui nous aurait conduit du spectre continu de la nuit agitée à l’ultraviolet du matin surgissant, l’aurore…

Aube
Luminous (G.R.O.S.S, C46, 1993 / reissued 2017)
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Akifumi Nakajima (lampes fluorescentes)